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Le blog de mireille.laborie

Les dessous des cartes © Skimao 2010

23 Novembre 2010, 08:27am

Publié par mireille.laborie

 

Collerette 3

 

  "Les dessous des cartes"

 

       Le travail minutieux et sensible de Mireille Laborie cache une farouche détermination. Optant pour une approche sérielle, elle propose cinq séries complémentaires: les corolles, les robes, les jeux de mains, les fraises ou collerettes, enfin les chevelures. Ses dessins réalisés à la plume, utilisant l'encre de Chine et des encres de couleurs affinent une approche sensuelle d'où une certaine perversité n'est pas à exclure. La précision du trait se met au service d'une "lenteur énergique" comme le dit si justement l'artiste où l'apparition d'une chair rosée dans la série des robes met plus en évidence encore l'absence du personnage. Il ne s'agit pas d'une représentation de la figure féminine mais d'une extrême stylisation de ses atours. L'alentour qui enrobe se dérobe ici pour devenir le sujet premier de sa quête graphique.

 

     Quant aux  références historiques, l'artiste convoque la Renaissance avec ses fraises mais aussi les corps graciles de Botticelli, vêtus de robes diaphanes comme dans "Le Printemps". De cette réflexion sur la deuxième peau, le vêtement, Mireille Laborie tire une sorte de quintessence au travers du dessin. Elle propose au regard du spectateur l'évidence aveuglante de sa composition tout en laissant largement ouvert le champ des possibles et des interprétations. L'influence de l'Art Nouveau, bien que non revendiqué par elle, se retrouve, par exemple, dans les sinuosités des corolles qui rappellent l'ondoyance des végétaux, une thématique que ce mouvement n'aurait pas reniée. Mais l'évolution temporelle fait que le sujet féminin se trouve traité par le sujet artiste, ce qui change l'ensemble de la démarche. En présence de cet Autre qui n'est pas entièrement le Même, s'inscrit la figure de l'artiste qui distille sa différence en jouant sur une habile distanciation.

 

      Une connotation sexuelle irrigue l'ensemble mais de façon suggestive, comme voilée. Certaine petite culotte entr'aperçue possède la forme d'un taureau qui entraîne une efficace poussée imaginative et poétique.  Avec la série des mains apparaît un effet de montré-caché où un pouce dénudé offre une nouvelle symbolique. Du peu que l'on voit n'imagine-t-on pas davantage encore ? Cette dimension érotique parcourt l'ensemble de ses réalisations mais en complexifiant leur vision même. Les chevelures jouent ici sur une double appartenance, à la fois féminines et masculines. En effet, en partant d'une approche qualifiable de classique avec une femme vue de dos, l'œuvre s'inscrit dans une possible tradition représentative. Mais si celle-ci se trouve prise dans une dimension totémique, elle change de nature, devenant un possible phallus de pierre ou quelque menhir majestueux.

 

       Mireille Laborie propose ses dessins non pas dans le cadre d'un simple savoir-faire mais comme l'illustration de concepts. Ses desseins reposent ainsi sur une relation énigmatique et conceptuelle où le regard du spectateur, de la spectatrice, demeure incontournable. Ainsi toute sa démarche s'inscrit dans une contemporanéité qui se joue des codes pour mieux les subvertir. L'intense présence du trait  magnifie la force du signifiant et nous entraîne vers un univers d'où la narration s'émancipe. Parfois ses plages colorées ressemblent à des trous noirs qui absorberaient tout l'univers. La force flirte avec l'insolente élégance de l'esprit.

Christian Skimao

 

                                                                                                                            

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