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Le blog de mireille.laborie

Articles avec #textes critiques.

Mireille Laborie ou Les fantômes des frontières

28 Février 2015, 16:31pm

Publié par Mireille Laborie - en Languedoc-Roussillon

Texte de Christian SKIMAO La nouvelle Cigale Uzégeoise
Texte de Christian SKIMAO La nouvelle Cigale Uzégeoise

Texte de CHRISTIAN SKIMAO paru dans LA Nouvelle Cigale Uzégeoise

Revue Littéraire, Artistique et Scientifique n° dix

Décembre 2014

Mireille Laborie ou Les fantômes des frontières

La main comme outil

Affirme sa volonté

L’espoir demeure toujours

D’éblouir la Lune

Depuis de nombreuses années Mireille Laborie explore bien des voies artistiques. Si elle a travaillé dans le domaine de la peinture, elle privilégie maintenant celui du papier en réalisant dessins et gravures. Elle a créé des volumes et toutes sortes d’objets possédant un fort pouvoir évocateur, dans le cadre d’une approche éclectique, allant de la série des « Maisons » en 2008 à celle des « Cocons » relevant du Land-art, exposée à la Bambouseraie d’Anduze en 2010, entre autres. Sans oublier la conception et l’iconographie de livres d’artistes en relation étroite avec les textes proposés. Notre tentative d’analyse critique, ponctuée d’intermèdes poétiques fonctionnant sur le principe de la transposition, porte principalement sur ses dessins récents, tous sans titres, où la notion de trame apparaît essentielle avec son corollaire la peau du papier, puis leurs interactions entre présence et absence.

La trame

Espaces contraints

Vous voici croisés

D’un stylet ferme

L’artiste creuse les contours

La puissante vague

Vous libère soudain

Nostalgie des couleurs

Dénudées par l’esprit

Une véritable ascèse…

Il existe une troublante analogie entre la dénomination plastique et la dénomination littéraire de la trame. C’est dans ce glissement sémantique que s’élabore une partie de notre récit commun. Pour ses réalisations, l’artiste attaque parfois le papier à la pointe sèche, faisant apparaître des formes géométriques régulières ou irrégulières qui délimitent un territoire. Si en apparence elle semble borner les champs du regard, elle parvient en réalité à ouvrir de nouveaux espaces. Le labourage de la surface construit ainsi un champ de possibles avec des perspectives infinies. Les parcelles obtenues grâce à l’utilisation de règles de différentes largeurs aboutissent à une rigoureuse construction tant physique que mentale. Une nouvelle cartographie apparaît avec une division du papier en zones, districts, préfectures, principautés, royaumes… propice à toutes les projections. L’œil du spectateur se trouve d’abord conforté par cette trame plus ou moins familière avant de se perdre dans une extension de la surface striée. S’il existe une parenté formelle avec l’œuvre de Jacques Clauzel, la démarche de Mireille Laborie se situe dans un autre questionnement et une autre relation avec le support. Elle veut inscrire dans le papier une empreinte lui permettant de s’inscrire à son tour dans le dessin.

Dans cet ordre d’idées, apparaît une autre trame, celle du tissu qui nous renvoie à la réalisation intitulée le « Manteau de Gide », une reprise en papier – toujours travaillé à la pointe sèche – du manteau de l’écrivain, conservé au Musée Borias d’Uzès, qui se trouve exposé dans le même lieu, dans le cadre de la Biennale Sud Estampe d’octobre à décembre 2014. Ludique et questionnante, le décalque décalé d’un modèle, à la fois légèrement semblable et totalement différent permet de mieux comprendre la mise en abyme voulue par l’artiste. L’importance du vide central qui représente l’absence du corps de l’écrivain se confronte à un effet d’enveloppement de ce vide. Comme un cornet de mots contenant l’essentiel d’une vie.

D’autres œuvres encore suivent un processus de scarification. L’artiste pique l’envers du papier pour obtenir des boursouflures significatives. Elle s’inscrit ainsi dans un processus de marquage créateur, né depuis les débuts de l’humanité et qui existe toujours actuellement. Mais cette maltraitance initiale du papier ne se perçoit pas de prime abord car le résultat final est empreint d’une certaine douceur. Ainsi s’annonce la peau…

La peau humide

Glissante et poreuse

Elle s’offre lentement

Aux effluves colorés

Des traces lointaines

Substance buvant le lait

Et le miel des intentions

Maltraitée avec douceur

Ses stigmates parlent

Une nouvelle vie…

La dénomination de la peau s’accorde à la fois au papier et à l’être humain. Elle demeure une « frontière simultanément fermée et ouverte » (Carrel). Cette porosité au monde et aux techniques lui permet de s’affranchir d’une pesanteur et de garder intacte cette légèreté primordiale. La peau du papier se trouve ainsi soumise à une pénétration apparente de l’encre de Chine mais la notion de fluidité demeure essentielle. L’utilisation de l’eau qui lave et mêle la couleur reprend des utilisations artistiques antérieures car l’encre et les résidus s’accrochent. Un monde « mouillé » prend forme qui joue avec tous les accidents liés à ce lavage puis ce rinçage. Les gouttes d’eau font éclater l’encre, la diluent et lui font vivre une aventure vaporeuse semblable à celle de l’aquarelle. La peau humide du papier met en lumière l’existence d’une frontière, certes mouvante, entre le blanc et le noir. Des bordures grises grignotent ainsi l’espace des certitudes visuelles et nous font pénétrer dans un univers flottant au gré des vagues.

Si les accidents de l’encre de Chine passée à l’eau demeurent aléatoires, ils relèvent également d’une volonté première et affirmée de l’artiste. Une fois connu le principe essentiel du fonctionnement aqueux, il ne reste plus qu’à effectuer sa mise en forme aux résultats hasardeux mais paradoxalement maîtrisés grâce à l’expérience acquise lors de multiples essais. Avec le glissement de l’eau, l’encre de Chine se dilue, explose, coule, déborde, forme des taches, crée des formes mouvantes, s’épanouit,… Une matière pénètre l’autre et s’estompe en même temps en évoquant le phénomène du flux et du reflux. Cette nappe liquide métissée va sécher et laisser apparaître sur la grève (le papier) les restes magnifiques d’un long processus. L’utilisation de l’eau pour d’éminentes unions avec le support se trouve employée par bien des artistes, comme Anne Slacik pour certaines de ses toiles. Mireille Laborie, elle, joue avec l’humidité du papier, sa porosité et l’utilisation parfois généreuse, parfois parcimonieuse de la quantité d’eau. Elle s’imprègne du thème et imprègne le papier à son rythme.

Les présents/absents

Le miroir des apparences

Coule lentement

Un Janus abstrait

Se décline parfois

Point de mouvements

Dans la salle des regards

Une interrogation

Jamais ne s’arrête

Une dualité sensuelle…

La question qui ne se pose plus mais qui demeure désormais comme une interrogation est celle de l’abstraction et de la figuration. Dans des travaux antérieurs, vers 2010, Mireille Laborie a questionné le vêtement et ses accessoires tout en occultant la représentation de celui ou celle qui les porte. Cette absence semble déjà révélatrice d’un processus d’effacement revendiqué car du peu que l’on voit n’imagine-t-on pas davantage ? Ces corps absents donc omniprésents ne se cachent-ils pas eux aussi dans cette cartographie affective évoquée auparavant ? Michel Butor, lors d’une commande passée par le grand libraire Pierre Berès en 1972, à propos de 59 dessins – abstraits, faut-il le préciser – à l’encre de Chine de Pierre Soulages, avait voulu dans un poème de 60 strophes intitulé MÉDITATION EXPLOSÉE, sous-titré 59 figurations et défigurations pour Soulages plus un blanc et quelques légendes, mettre en lumière le caractère figuratif de son travail. Si le poème existe bien et a été publié par la suite dans Illustrations III chez Gallimard, la rencontre dans le cadre d’un livre commun aux deux créateurs a été impossible. Le corps de la peinture permet une fois encore de répondre à ces classifications qui ne tiennent plus en haleine le monde de l’art mais demeurent comme des balises désirantes que le spectateur souhaite interpeller.

Les deux œuvres retenues par l’artiste et reproduites dans cette livraison de la revue jouent sur une forte complémentarité. La première est à dominante blanche avec un épanchement spectral de gris, semblable à une apparition qui relève d’une esthétique très japonaise. L’encre se rétracte et laisse un liseré qui fait apparaître des figures quasi invisibles pour les yeux que nous nommerons des résurgences. La seconde présente un quadrillage à dominante rouge avec des scarifications obliques. En l’observant de près naissent des effets d’usure obtenus grâce aux réserves, évoquant ainsi un tapis usé avec l’apparition de sa trame. La vie d’un objet intime prend forme au travers d’une forte référence matissienne. Nous nous trouvons en face de deux productions de papier qui exhalent des origines hétérogènes et convergent vers un centre impossible. Le regard circule ainsi dans ces trames singulières et s’abandonne à quelque rêverie solitaire.

En conclusion

La volonté comme outil

Affirme sa main

L’envie recommencée

De décrocher la Lune

L’œuvre de Mireille Laborie tend vers une approche en soustraction. Ôter plutôt que rajouter. Elle épure ses lignes et laisse disparaître ce qui lui semble trop lourd. Une démarche qui cherche le minimum plutôt que le minimal. Les réminiscences du tracé parlent d’une légèreté nouvelle qui permet de créer un espace plus aérien, comme libéré des pesanteurs de la peinture. Ainsi apparaîtront les fantômes du trait et les fantômes de la couleur représentants d’une plus grande liberté où plus rien ne reste véritablement en place. Partant de l’image du sillon qui rassure et propose un ancrage dans la terre, toute la partie aqueuse nous ramène à des origines lointaines et floues. Les frontières cessent d’exister car l’eau recouvre toujours tout et lorsqu’elle se retire plus rien ne se trouve comme avant. Cette instabilité voulue semble au cœur de la recherche de cette artiste. Nous assistons à la naissance de convergences impossibles entre concentration et sensualité qui pourtant existent dans son dessin. Comme l’écrit Shitao (Moine Citrouille-Amère) dans son traité de peinture : « Il faut, dans une âpreté fruste, rechercher une image fragmentaire ; mais ceci ne peut s’exprimer avec des mots. »

Enfin pour en savoir davantage sur l’approche artistique de Mireille Laborie, ses expositions, ses recherches en cours ainsi que la parution de ses livres rares qui ponctuent des rencontres littéraires, une visite de son site web, lumineux et détaillé, semble indispensable : www.mireille-laborie.com

Christian Skimao

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La chaussure de 14 heures

27 Mars 2014, 18:03pm

Publié par Mireille Laborie - en Languedoc-Roussillon

©escarpins papiers Mireille Laborie
©escarpins papiers Mireille Laborie

Texte pour l’œuvre globale Les cent (sans) chaussures de Mireille Laborie :

La chaussure de 14 heures

à Marguerite de Ponty

Les élégantes chaussures de Mireille Laborie arpentent les trottoirs de notre imaginaire. Mais ses chaussures sont-elles bien des chaussures ? Plutôt des escarpins de papier fortement sexués qui donnent le tournis. Chaussures féminines, elles miment leur fonction car la fragilité demeure leur qualité principale. Prêtes à ne pas se trouver utilisées elles compensent leur absence de fonctionnalité par un fort potentiel de rêve.Au nombre de 100 elles optent pour une relecture sémantique du mythe de Cendrillon (cent-sans). Au gré des variantes infinies d’un conte plus ou moins précis, entre Perrault et Grimm pour l’Occident, la Belle se trouvera affublée d’une pantoufle de verre ou de vair. De toute façon, dans les deux cas nous nous trouvons en présence d’une symbolique fortement sexuelle qui suggère pesamment que souvent les jeunes femmes perdent leur soulier au hasard des rencontres d’un soir.

Mais revenons aux féminines chaussures de l’artiste qui vivent en bande. L’une ne va pas sans l’autre et pourtant personne n’y trouve sa paire. L’individualité d’une Salomé se trouve pourtant fortement mise en cause par sa sœur Stiletto. Les lanières de papier s’enroulent les unes avec les autres tandis que des versions baroques dignes des grands couturiers apparaissent. Bouquets ébouriffés, couleurs flamboyantes, rayés vertigineux, drapés sinueux, découpes audacieuses, entrecroisements sensuels, lanières sévères, brides multicolores, … s’emparent du modèle de base pour lui apporter une éclatante nonchalance. L’œil se repaît de cette débauche colorée qui ouvre sur un univers relevant essentiellement de la parodie.

On sent déjà les reproches fuser quant à cet excès de féminité, une réprobation combinée de la futilité et de la joliesse. Amusant en fait lorsque tant d’artistes succombent aux attraits des commandes des grands groupes de la mode. Faut-il donc rappeler à notre trop sévère spectateur ou spectatrice qu’il s’agit ici d’un travail de papier et non pas d’un patron pour une réalisation ultérieure ? La dérision y rencontre l’esprit de sérieux puisque parfois du texte s’insère du côté de la semelle et incite à une nouvelle promenade, non pas sur un sol ferme et réel mais sur l’image lue d’une ville à inventer. Une cartographie romaine introduit des Châteaux en Espagne. D’autres fois des fragments textuels s’invitent dans cette Rêverie d’un promeneur solitaire. La ballade conceptuelle se déroule sur un sol imprimé de louables intentions ou d’invitations plus équivoques. Les hasards du texte conviennent à des errances non programmées. Mallarmé viendrait incognito y prendre des notes pour une mystérieuse gazette. Le temps s’élargit devant l’élégance d’une escapade urbaine. Le paysage s’invite à son tour pour donner corps au récit d’errances boiteuses.

Enfin le titre « La chaussure de 14 heures » peut laisser perplexe. Il s’explique pourtant aisément puisque le thé se trouve servi à 5 heures. Il reste donc 3 heures pour se déplacer d’un lieu imaginaire à l’autre en suivant une Alice de papier mais bien chaussée.

Christian Skimao

   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat
   Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie     © crédit photo Jean-Pierre Loubat

Escarpins papiers. 2014 © Escarpins papiers Mireille Laborie © crédit photo Jean-Pierre Loubat

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© Martine Guillerm 2010 "La Parure"

14 Avril 2011, 12:23pm

Publié par mireille.laborie

 

 

Mireille 7b 6054  

 

 

LA PARURE

 

 

En convoquant les parures du féminin - robe, chevelures, collerettes - dans sa série de grands dessins à la plume, Mireille Laborie nous convie à une réflexion sur les méandres du pli.

Elle interroge le drapé comme l’ont fait beaucoup d’artistes avant elles : de Léonard de Vinci, qui plaçait des étoffes mouillées sur des modèles de glaise pour rendre avec justesse les ondes du tissu, à Simon Hantaï, qui fit du pliage sa méthode de travail.

Si ce thème du drapé, du plissé, a retenu autant d’artistes - des peintres mais également  des écrivains comme Henri Michaux  ou des musiciens comme Pierre Boulez - c’est sans doute parce que  la peinture du drapé, la figuration d’une étoffe, permet de suggérer les plis du corps autant que ceux de l’âme.

Gilles Deleuze dans son ouvrage  « le Pli. Leibniz et le Baroque » montre de manière brillante que le concept de pli et sa traduction dans la sphère artistique, tout particulièrement dans l’art baroque, permet d’éclairer la pensée philosophique et les thèses leibniziennes d’une manière inédite et passionnante.

Ce concept de pli est donc au cœur du travail de Mireille Laborie. Il peut être un outil pour éclairer son oeuvre.

La méthode utilisée par l’artiste pour figurer les strates de la matière est singulière et mérite qu’on s’y arrête. Il s’agit d’une succession de lignes ondoyantes et fines, tracées sur le papier blanc. Cette suite de lignes courbes, qui se juxtaposent et parfois se mêlent, crée la forme. La multiplication des lignes opère aussi comme une sédimentation sur le papier du temps qui s’écoule. L’ambivalence est d’ailleurs l’une des spécificités du dessin de Mireille Laborie. La facture dit à la fois la fluidité, la vitesse d’exécution, la sûreté de la trajectoire et l’extrême concentration, la patience obstinée de la main qui, peu à peu, par un enchaînement de gestes répétitifs aux subtiles variations, fait naître la figure. Cette figure devient alors trace du temps passé, actualisé sur le support.

Si l’on s’essaye à une analyse comparée des trois sujets explorés par Mireille Laborie dans ses dessins - la robe, la chevelure, la collerette - on s’aperçoit qu’ils touchent tous à la question complexe de l’identité.

La robe est à la fois symbole d’une identité sociale féminine mais aussi voile d’une identité du sujet. Le vêtement est le médium, ce par quoi le corps peut être approché mais aussi le masque de l’identité réelle du sujet. Les robes de Mireille Laborie voilent donc autant qu’elles révèlent. Aucun corps n’habite d’ailleurs ces robes qui flottent et ondoient dans l’espace, indépendamment, comme animées par le souffle du vent, métaphore du vivant, dans ce qu’il a de plus impalpable. Cette évanescence est une manière pour l’artiste de signifier qu’une multitude de corps pourrait entrer dans ces robes, qu’il faut dépasser les apparences, soulever le voile, déplier, expliquer, impliquer, pour révéler l’infinité des plis de l’âme. Cette présence du corps, dans son individualité, est d’ailleurs suggérée par l’intérieur des robes. La doublure est souvent aquarellée de rose, teintée de la couleur de la peau. Le vêtement se métamorphose, s’anime, prend un aspect organique. Les volants sinueux de l’encolure donnent à imaginer les plis d’une vulve. L’artiste semble ironiser sur la manière dont notre société normative fait du corps un objet, le met en boîte, pour mieux préserver la stabilité du modèle social qu’elle a imposé.

Les longues chevelures, vues de dos, qui ne laissent rien paraître du visage ni du corps auxquels elles appartiennent, interrogent tout comme les robes, cette identité pliée, mystérieuse. Elles nous permettent de prendre conscience des visions stéréotypées dont nous sommes tous porteurs. Alors qu’aucun indice ne vient corroborer cette thèse, on pense à des chevelures de femmes. À regarder plus longuement le dessin, on se rend compte de l’aspect formaté de notre vision et de l’importance du préjugé dans notre vision tant notre culture est tissée de ces personnages féminins aux longues chevelures : Mélisande, Flore de Botticelli ou encore les figures baudelairiennes dont la chevelure devient « une mer odorante et vagabonde ». Cette série de chevelures donne donc à penser l’identité sociale de cette parure première du corps et à méditer sur la notion de désir et la multiplicité des fantasmes liés à cet attribut. Cette symbolique multiple du cheveu - mélange d’attirance et de répulsion qui atteint son paroxysme dans le cheveu roux - jalonne toute l’histoire de l’humanité et traverse toutes les civilisations.

Les collerettes sont quant à elles autrement codées puisqu’elles étaient, entre le XVI et le XVIIe siècle, tout autant portées par les hommes que par les femmes. Elles ne sont donc porteuses d’aucun déterminé du corps au niveau sexué mais marquent toujours l’aspect symbolique du vêtement. Anciennement dédiées aux classes les plus élevées de la société, ces dentelles empesées étaient un fort déterminant social. Elles étaient le signe d’une appartenance à un groupe : le codage allait même plus loin puisque le rang se mesurait à l’épaisseur et à la largeur de la fraise. Elles pourraient aussi être interprétées comme des auréoles formant autour du visage un cercle de lumière signifiant le degré supposé de perfection de l’âme. Les collerettes de Mireille Laborie semblent néanmoins nous dire, par le vide béant circulaire au centre du dessin - vide qui nous aspire, dans lequel notre œil s’engouffre - toute la vacuité de tels atours au regard de la condition commune qui est la nôtre.

C’est donc pli à pli que se lisent les dessins de Mireille Laborie, la densité de leurs lignes nous appelle à une réflexion sur la complexité du monde, nous invite à penser les liens de l’âme et du corps et à soulever le voile des idées reçues pour trouver la voie de la liberté.

 

© Martine Guillerm

 

 

 

 

 

 

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la Mode © René Pons 2010

23 Novembre 2010, 08:39am

Publié par mireille.laborie

 

Robe 2

 

" la Mode"

 

     La mode, et particulièrement la mode féminine, est éphémère. Chaque année elle change. Pour des raisons commerciales, mais aussi parce que l’Occident  — le changement est bien moins rapide dans d’autres civilisations — est prisonnier d’une fuite en avant qui, avec des noms différents, se manifeste dans tous les domaines. C’est la croissance dans l’économie, la mode pour le vêtement, l’avant-garde (expression tombée en désuétude) dans l’art, en un mot, la nouveauté.


       L’éphémère est la marque du monde d’aujourd’hui qui, partout, crée des musées pour pérenniser, paradoxe, ce qui si vite se démode, ces objets dont la modernité, un temps très court, fascine avant de se muer en vieillerie.


       Pourtant, dans la masse d’objets produits par une société moderne prodigieusement imaginative et destructrice, la mode féminine tient une place à part, à mi-chemin de l’objet d’usage et de l’objet d’art. Dans la grande couture, c’est évident : une robe se conçoit comme une sculpture ou une architecture, conjugaison de lignes et de volumes soigneusement pensés, fruits de l’inspiration d’un artiste ; mais, même le vêtement ordinaire, qui de loin s’inspire de la haute couture, fascine de ses changements, et à cet égard le cinéma est précieux, qui nous conserve le témoignage de la façon dont on se vêtait, parlait et bougeait au fil du dernier siècle.


       Faut-il alors s’étonner que Mireille Laborie se soit intéressée à ces éléments changeants de ce qu’on nomme l’éternel féminin : la robe, la chevelure, jeux de lignes, et qu’elle veuille les abstraire de leur finalité pratique en insistant sur leur intérêt plastique, en créant, avec ses dessins, un discret monument à la féminité ?


         Renversant les données d’une peinture traditionnelle qui célèbre la  femme, d’une façon ambiguë, en représentant sa nudité, Mireille Laborie dessine une femme sans visage et sans corps, réduite à ses traditionnels atours. Je laisse au regardeur le soin d’interpréter comme il le voudra ce renversement, mon rôle n’étant que de poser la question et de laisser chaque regardeur lui trouver une ou des réponses.

                      

                                                                                                                              René  Pons

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Les dessous des cartes © Skimao 2010

23 Novembre 2010, 08:27am

Publié par mireille.laborie

 

Collerette 3

 

  "Les dessous des cartes"

 

       Le travail minutieux et sensible de Mireille Laborie cache une farouche détermination. Optant pour une approche sérielle, elle propose cinq séries complémentaires: les corolles, les robes, les jeux de mains, les fraises ou collerettes, enfin les chevelures. Ses dessins réalisés à la plume, utilisant l'encre de Chine et des encres de couleurs affinent une approche sensuelle d'où une certaine perversité n'est pas à exclure. La précision du trait se met au service d'une "lenteur énergique" comme le dit si justement l'artiste où l'apparition d'une chair rosée dans la série des robes met plus en évidence encore l'absence du personnage. Il ne s'agit pas d'une représentation de la figure féminine mais d'une extrême stylisation de ses atours. L'alentour qui enrobe se dérobe ici pour devenir le sujet premier de sa quête graphique.

 

     Quant aux  références historiques, l'artiste convoque la Renaissance avec ses fraises mais aussi les corps graciles de Botticelli, vêtus de robes diaphanes comme dans "Le Printemps". De cette réflexion sur la deuxième peau, le vêtement, Mireille Laborie tire une sorte de quintessence au travers du dessin. Elle propose au regard du spectateur l'évidence aveuglante de sa composition tout en laissant largement ouvert le champ des possibles et des interprétations. L'influence de l'Art Nouveau, bien que non revendiqué par elle, se retrouve, par exemple, dans les sinuosités des corolles qui rappellent l'ondoyance des végétaux, une thématique que ce mouvement n'aurait pas reniée. Mais l'évolution temporelle fait que le sujet féminin se trouve traité par le sujet artiste, ce qui change l'ensemble de la démarche. En présence de cet Autre qui n'est pas entièrement le Même, s'inscrit la figure de l'artiste qui distille sa différence en jouant sur une habile distanciation.

 

      Une connotation sexuelle irrigue l'ensemble mais de façon suggestive, comme voilée. Certaine petite culotte entr'aperçue possède la forme d'un taureau qui entraîne une efficace poussée imaginative et poétique.  Avec la série des mains apparaît un effet de montré-caché où un pouce dénudé offre une nouvelle symbolique. Du peu que l'on voit n'imagine-t-on pas davantage encore ? Cette dimension érotique parcourt l'ensemble de ses réalisations mais en complexifiant leur vision même. Les chevelures jouent ici sur une double appartenance, à la fois féminines et masculines. En effet, en partant d'une approche qualifiable de classique avec une femme vue de dos, l'œuvre s'inscrit dans une possible tradition représentative. Mais si celle-ci se trouve prise dans une dimension totémique, elle change de nature, devenant un possible phallus de pierre ou quelque menhir majestueux.

 

       Mireille Laborie propose ses dessins non pas dans le cadre d'un simple savoir-faire mais comme l'illustration de concepts. Ses desseins reposent ainsi sur une relation énigmatique et conceptuelle où le regard du spectateur, de la spectatrice, demeure incontournable. Ainsi toute sa démarche s'inscrit dans une contemporanéité qui se joue des codes pour mieux les subvertir. L'intense présence du trait  magnifie la force du signifiant et nous entraîne vers un univers d'où la narration s'émancipe. Parfois ses plages colorées ressemblent à des trous noirs qui absorberaient tout l'univers. La force flirte avec l'insolente élégance de l'esprit.

Christian Skimao

 

                                                                                                                            

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"Perspective cavalière"

27 Septembre 2010, 13:41pm

Publié par mireille.laborie

 

    DSC 0048-2 copie



Perspective Cavalière

 

Le volume à sept faces sans ouvertures est la traduction littérale et basique de la forme de la maison que déclinent plusieurs plasticiens.

Une maison – propos d’artistes- qui ne révèle aucune intimité et qui expose ses faces et ses façades.

Ni habitacles, ni habitables, ces fausses architectures se distinguent les unes des autres par leur revêtement ou par le concept qui les a fait naître, posant ainsi la question de la représentation et de la perception.

-       Est-il préférable d’habiter une maison ordinaire avec vue sur une « belle » maison que l’inverse ?

-       Peut-on dire qu’il n’est pas nécessaire d’entrer au musée Guggenheim de Bilbao, son enveloppe architecturale extérieure suffisant à combler le regard du visiteur ?

On mesure donc à travers la démarche de Mireille Laborie le rôle du revêtement qu’elle impose aux façades de ses volumes, habitations impénétrables. La pellicule textile ou carrelée de petites pâtes de verre, étanchéifie et verrouille l’édifice rappelant qu’il est avant tout sculpture-objet. Objet à saisir du regard. Objet à vivre et non à habiter.

Quand elle sérigraphie un texte de René Pons sur les quatre pans d’une maison c’est pour mieux nous obliger à tourner autour, alors celle-ci tel un livre en ronde-bosse, dévoile son inscription publiquement et on se prendrait volontiers pour le citoyen de Pompéi lisant l’affichage urbain écrit à même les murs de la cité.

Cocon menteur

Contrairement au bombyx qui tricote autour de lui une capsule hermétique, Mireille Laborie entrelace des copeaux de bois en en maîtrisant le profil de l’extérieur. A l’intérieur de ces cocons-nids, il n’y a ni ver ni oiseaux, la forme évocatrice ne parle que d’elle-même, de son isolement nécessaire pour être mieux comprise, de sa présence et de sa légèreté. Vannerie au caractère ambigu, elle profite de la dextérité de la main de l’artiste sans en subir un excès de savoir-faire.

Elle est ronde, ovale, tubulaire ou sphérique, elle n’a ni fonction ni destinée. Elle existe à part entière pour dire que tout se love dans le creux de la chose, tout ce que l’artiste veut y mettre, tout ce que le regardeur veut y voir.


 ©   Martine Lafon 2007

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"ENIGME" © René Pons 2007

27 Septembre 2010, 12:35pm

Publié par mireille.laborie

 

 

 

Maison-1b.jpg 

 

 

"Enigme" 

        

L’intérêt du travail d’un artiste tient dans sa cohérence, cohérence la plupart du temps inconsciente, et c’est tant mieux. Cet ordre caché de l’art dont parle Anton Ehenzweig, opposant

Les  méthodes de travail délibéré aux méthodes spontanées.

 Chez Mireille Laborie, la figure initiale et obsessionnelle est la maison, celle qui signifie l’être intérieur,  un état d’âme selon Bachelard, lieu du secret, énigme à tous posée derrière le personnage que la société nous impose de jouer.

C’est là qu’est enfermée, protégée, la vérité de l’artiste solitaire autour duquel tourne un ballet

d’ombres  ces personnages sans visage qui s’éloignent, fantômes énigmatiques livrés à l’interprétation de  chacun.

 La plupart des œuvres de Mireille Laborie tournent autour de l’idée d’enfermement et de protection. Un phénomène secret, une métamorphose est en train de se produire loin des regards,

comme celle de la chenille à l’intérieur du cocon, de la graine dans la terre, ou de l’embryon dans l’utérus, lent travail de la nature dont on retrouve la marque dans les volumes de bois tressé qui évoquent, pour moi , le mot chrysalide, enveloppe vide abandonnée par l’insecte sur le chemin, forme d’une vie enfuie pour se reproduire, ailleurs, dans le cycle infiniment recommencé de la vie.

Ce goût pour la mise en scène du secret, de l’énigme, ne se trouve pas seulement dans le sujet des tableaux et gravures ou dans ces maisons scellées contenant un papier sur lequel est écrit, ou n’est pas écrit, un texte qui nous restera toujours ignoré, sauf à briser l’objet qui le contient, mais il se trouve aussi dans les matières et supports employés par l’artiste et qui souvent trompent sur leur vraie nature, comme ces toiles dont la texture rappelle celle de la toile de bâche, et qui sont en réalité des affiches publicitaires ordinaires.

Secret (qui contient la notion de séparé), énigme, détour sont les trois éléments essentiels d’un travail qui suggère bien plus qu’il ne montre.

 © René  Pons

 

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